Des origines de la désinformation…

Saddam Hussein à la tête de la 3 armée du monde, c’est une des nombreuses manipulations dont nous sommes victimes par l’intermédiaire de la désinformation.
par
François Géré, historien. Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à l’Université de Paris 3. Il a publié en 2011, le Dictionnaire de la désinformation.

Texte tiré du site: http://www.atlantico.fr/decryptage/desinformation-information-saddam-hussein-92329.html

La désinformation est aussi ancienne que l’information. La ruse, l’hypocrisie et la tromperie affectent les relations sociales et internationales. Tous les chefs d’Etat ont assuré leur pouvoir sur leur capacité à capter et réserver à leur profit, souvent par le secret, la bonne information et à injecter chez l’ennemi, les rivaux, voire même les alliés la désinformation, sous toutes ses formes.

Louis XIV crée un « cabinet noir » chargé de la cryptologie, c’est-à-dire de décoder les messages diplomatiques secrètement interceptés mais aussi de fabriquer des faux. En cela il ne fait que systématiser une pratique dans laquelle son ancêtre Louis XI était passé maître. Espions, transfuges, traîtres et agents doubles circulent à travers toute l’histoire et dans toutes les civilisations. La différence ne se mesure qu’à l’importance que les gouvernements accordent à leur utilisation. De cela même, la désinformation tire parti lorsqu’elle tend à accréditer que certaines nations ont une propension perverse à la tromperie : « Timeo Danaos et dona ferentes » renvoie à la fourberie d’Ulysse, la « fides punica » permet à Rome de se draper dans la vertu de la parole donnée…., la « perfide Albion », la ruse, la tromperie des « orientaux… chinois, japonais, arabes…». Au fil du temps, le racisme et la xénophobie se nourrissent de ces mythes qu’ils contribuent à propager.

Ainsi va la désinformation, art du masque. En cela elle se distingue de la propagande et de la déception. La propagande -sauf lorsqu’elle est « noire »- affirme un point de vue, développe au grand jour une croyance idéologique politique ou religieuse. Elle vise à l’adhésion en gagnant les esprits à sa Cause. En remplaçant l’information par une propagande d’Etat les régimes totalitaires ont contribué à donner à ce terme un sens nettement péjoratif. Pour Joseph Goebbels toute information devait passer au travers de l’idéologie nazie. L’Union soviétique a fini par prétendre substituer le discours aux faits eux-mêmes, créant ainsi une perte quasi clinique de la réalité qui finit par précipiter sa perte. En ce sens les régimes totalitaires ont franchi un pas décisif : ils ont substitué la désinformation à l’information.
La désinformation, une arme de guerre

En temps de guerre, la désinformation prend le nom, d’origine britannique, de « déception ». Elle vise à tromper l’ennemi en lui faisant prendre « des vessies pour des lanternes ». Elle opère à tous les niveaux : du chef suprême des armées au simple soldat abusé par de faux signaux, de faux uniformes, des écrans de fumée. Au printemps 1944, les Britanniques réalisèrent une gigantesque campagne de désinformation (Bodyguard) visant à tromper Hitler et son entourage sur le lieu du débarquement. En 1990, durant la guerre contre l’Irak, les États-Unis multiplièrent les actions de ce type contre Saddam Hussein qu’ils présentèrent comme le chef de la « troisième armée du monde ». Énormité que gobèrent le public américain et l’opinion internationale.

L’information erronée est-elle la désinformation ? Non. Une erreur est par définition involontaire, en dépit des troubles qu’elle crée. La désinformation est d’une toute autre nature.

Elle repose sur une entreprise délibérée, organisée, planifiée visant à introduire la confusion dans les esprits, à égarer le jugement tout comme les passions et l’imagination. Elle n’a qu’un objectif : insinuer le soupçon, créer le trouble, déstabiliser psychologiquement. Elle agit à tous les niveaux, en les reliant, du décideur suprême au simple citoyen, en prenant aussi pour cible les média qui vont relayer le faux message vers l’« opinion publique ».

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