LIBYE : UN AVENIR INCERTAIN

Compte-rendu de mission d’évaluation auprès des belligérants libyens

RESUME (page 7/44)

Il n’est nul besoin d’insister sur la nature hautement critiquable de la dictature
imposée, depuis 1969, par Muammar Kadhafi à ses concitoyens. Face à une telle
situation, rien n’est plus légitime que l’aspiration à plus de liberté et de démocratie.
Néanmoins, l’étude des faits conduit à affirmer que la « révolution » libyenne
n’est ni démocratique, ni spontanée. Il s’agit d’un soulèvement armé de la partie
orientale du pays, dans un esprit de revanche et de dissidence, qui tente de s’inscrire
dans la dynamique du « printemps » arabe, dont il ne relève cependant pas.
Le mouvement libyen ne peut donc être comparé avec les révoltes populaires
tunisienne et égyptienne.

Plus inquiétant, le CNT s’affirme n’être qu’une coalition d’éléments disparates aux
intérêts divergents, dont l’unique point commun est leur opposition déterminée au
régime. Les véritables démocrates n’y sont qu’une minorité, et doivent cohabiter avec
des d’anciens proches du colonel Kadhafi, des partisans d’un retour de la monarchie et
des tenants de l’instauration d’un islam radical
Le CNT n’offre, en conséquence, aucune garantie pour l’avenir, malgré la
détermination des démocrates, car les autres factions entendent bien orienter le conseil
dans le sens de leurs objectifs.
Surtout, la Libye est le seul pays du « printemps » arabe dans lequel le risque
islamiste s’accroît, la Cyrénaïque étant la région du monde arabe ayant envoyé le plus
grand nombre de djihadistes combattre les Américains en Irak.

Il semble donc que les puissances occidentales ont fait preuve d’un aventurisme
excessif en s’engageant dans cette crise. Ce qui devait être une victoire facile est devenu
un semi-échec en raison de l’inconsistance des forces rebelles. L’enlisement des
opérations des insurgés ne leur laisse que deux possibilités : un recul peu glorieux ou un
engagement accru dans le conflit, notamment par l’envoi d’unités terrestres.
L’intervention occidentale est en train de créer plus de problèmes qu’elle n’en
résout. Elle risque fort de déstabiliser toute l’Afrique du Nord, le Sahel, le Proche-Orient,
et de favoriser l’émergence d’un nouveau foyer d’islam radical, voire de terrorisme, en
Cyrénaïque.
La coalition parviendra peut-être à éliminer le guide libyen. Mais l’Occident doit
prendre garde qu’il ne soit pas remplacé par un régime plus radical et tout aussi peu
démocratique.

Centre International de Recherches et d’Études sur le Terrorisme
& l »Aide aux Victimes du Terrorisme
CIRET-AVT

rapport-libye

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